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mercredi 13 juin 2018

Médine : Récupérations politiques stériles

Suite aux débats autour d'un concert de Médine au Bataclan en octobre prochain, Asif Arif (Avocat au Barreau de Paris, auteur et conférencier spécialisé sur les questions d’islam et de laïcité) et Benjamine Weill ont souhaité remettre les choses en perspective pour sortir d'une récupération politique stérile.


La venue très prochaine de Médine au Bataclan fait parler d’elle puisque le Front National et Les Républicains, décidément plus unis que jamais, manifestent leur étonnement face à l’auteur compositeur des chansons comme Jihad ou encore comme « Don’t laïk ». Evidemment, sa barbe et ses chansons positionnées sont absolument étrangères à toute prise de décision de la part de ces partis politiques.
Alors qu’on attend de ces mêmes partis qu’ils se positionnent davantage sur les conflits sociaux et la baisse scandaleuse des aides sociales qui sont actuellement en débat, on voit que c’est toujours les mêmes qui ont bon dos pour faire une polémique stérile : Rokhaya Diallo, Yassine Belattar, Menel Ibtissem ou encore Maryam Pougetoux. Toujours des individus à qui on reproche, avec des méthodes proches du maccarthysme initiées par le Printemps Républicain, d’avoir un discours anti-républicain, islamiste ou encore faisant l’apologie du terrorisme.
Rappelons toutefois que le rap est d’abord un mode d’expression et que les paroles de cet artiste tombent sous le coup de la liberté d’expression. Il est en effet étonnant de voir que personne n’est choqué des unes de Charlie Hebdo mais que tout le monde s’outre de la venue d’un artiste au Bataclan qui va parler de jihad et de laïcité dans ses chansons.
Il faut toutefois garder la tête haute dans ces débats. D’abord, sur la question du Jihad, il semble que Médine a été très clair : le plus grand Jihad est celui que l’on fait contre ses propres passions. Alors que la France a été traversée par des attentats commis par des terroristes qui interprètent fallacieusement le terme et la signification de Jihad, pourquoi ne pas laisser un artiste qui véhicule justement le message inverse à celui du terrorisme ? Les Français sont-ils condamnés à penser que le jihad est le fait d’assassiner des innocents ?
Nous croyons ainsi que l’arrivée de Médine au Bataclan est symbole important à faire exister.
Dans la chanson Don’t Laïk, Médine ne fait que dénoncer, à la manière d’un artiste, ce qu’il pense être une dérive de la laïcité. Et comment estimer qu’il n’y a pas de dérive de la laïcité lorsque les plus grands journaux internationaux pointent du doigt notre obsession du voile, parfois qualifié d’étendard islamiste, parfois d’incivilité ou encore d’autre fois de signe de soumission ? Comment penser le débat dans notre société lorsque les débats concernant le voile ne donnent jamais la parole aux intéressés mais simplement à des leaders d’opinion dont le but est simplement de faire gesticuler leur audimat autour des questions de l’islam ?
Cette polémique est toute aussi futile et sans intérêt que bien d’autres. Force est toutefois de constater que le faciès est souvent très peu étranger à ceux que l’on choisit de jeter en pâture sur les réseaux sociaux. Ils sont tous typés et ont une vision de la laïcité qui n’est pas celle d’une guerre civile à petit feu.
Nous le disons donc, nous soutenons Médine au titre de la diversité des opinions de pensées et nous considérons, qu’à ce titre, il a toute sa place au Bataclan, comme n'importe quel autre citoyen désirant produire un spectacle de qualité. 

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