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lundi 26 août 2013

N'oublions pas les Rohingyas

Les Rohingyas ... La minorité la plus persécutée du monde (Nations Unies)


Les persécutions des Rohingyas qui s'étendent sur plusieurs siècles se poursuivent encore à l'heure actuelle dans un silence assourdissant de la communauté internationale. Les Rohingyas, qui habitent dans l'actuel État d'Arakan, rattaché à la Birmanie en 1948, sont un peuple parlant une langue proche du bengali, mais d'origines diverses, aujourd'hui considéré par l'ONU comme « une des minorités les plus persécutées du monde ».


Affrontements de juin, juillet et octobre 2012


Au début de juin 2012, des violences inter-ethniques éclatent entre les communautés musulmane (les Rohingyas) et bouddhiste de l'État d'Arakan; elles se traduisent par la destruction de milliers de maisons des deux communautés, et par la mort d'une cinquantaine de personnes, voire de 80, et entraînant le déracinement de 90 000 autres. Beaucoup ont tenté de gagner par la mer le Bangladesh d'où ils ont été repoussés par les garde-frontières. Ce pays accueille déjà 300 000 Rohingyas. C'est le viol et le meurtre d'une jeune bouddhiste, le 28 mai 2012, qui est à l'origine des affrontements : le crime est en effet attribué aux Rohingyas, entrainant la condamnation à mort de deux d'entre eux le 19 juin, et le suicide d'un troisième.

Le discours d'Aung San Suu Kyi du 16 juin 2012, lors de l'acceptation de son prix Nobel de la paix décerné en 1991, a mentionné les hostilités qui se poursuivaient en Birmanie, tant au nord qu'à l'ouest, dans l'État d'Arakan; cette référence avait donné aux Rohingyas un certain espoir de la voir s'efforcer d'obtenir une certaine réconciliation nationale, voire de leur obtenir le statut de minorité ethnique qui leur est refusé. 





Toutefois, le président Thein Sein a déclaré en juillet « Il n'est pas possible d'accepter les Rohingyas entrés illégalement, qui ne sont pas de notre ethnicité » , se déchargeant du problème sur le HCR à qui il demande de les accueillir dans des camps. En juillet les violences interethniques se sont poursuivies, les Rakhines bouddhistes, mais aussi les forces de sécurité se livrant à des exactions à l'égard des Rohingyas et des Rakhines musulmans. Des moines ont manifesté à Mandalay en septembre pour soutenir le point de vue du président Thein Sein. De nouvelles violences ont éclaté fin octobre, faisant dans la semaine du 21 au 27 quatre-vingt-quatre morts , cent vingt-neuf blessés, vingt-deux mille sans abri, réfugiés dans des camps de fortune après l'incendie de leur maison. 




Histoire des Rohingyas ...


Les Rohingyas, descendants lointains de commerçants et de soldats arabes, mongols, turcs, bengalis, voire portugais, se sont convertis à l'Islam au xve siècle, alors qu'à l'époque la région était un État vassal du Bengale. 
Depuis le XVe siècle, les Rohingyas furent victimes d'attaques venues soit de la Birmanie voisine, soit des Portugais, avec notamment l'attaque de 30 000 soldats birmans en 1785, qui emmenèrent alors 20 000 personnes comme esclaves. Par la suite, la monarchie birmane encouragea ces raids pour briser tout esprit de résistance chez cette population étrangère, capturant et brûlant vifs des centaines de personnes rassemblées dans des enclos de bambous.
Au fil des générations, les Rohingyas ont perdus leur caractères bengali, leur langue se différenciant nettement du bengali parlé au Bangladesh.


Autres articles sur la situation des Rohingyas 

Birmanie : violences et apartheid contre les Rohingyas
L'interminable persécution des Rohingya birmans

samedi 17 août 2013

Discriminations et injustices peuplent l'accès aux HLM

Grâce à une enquête de l'Insee, trois économistes démontrent ce que des sociologues décrivent depuis des années : l'accès au logement social est plombé par les discriminations. Les étrangers et les immigrés en sont les premières victimes. Mais les ménages les plus pauvres et les femmes seules avec enfants sont également relégués au second plan

 |  PAR MICHAËL HAJDENBERG


Pour la première fois, une étude scientifique démontre la discrimination à l’œuvre dans l’attribution des logements sociaux. À partir des milliers de données issues de l’enquête 
Logement 2006 de l’Insee, les économistes Pascal Favard (Université François-Rabelais de Tours), Liliane Bonnal (Université de Poitiers) et Rachid Boumahdi (Toulouse 1) ont 
déterminé les caractéristiques qui font qu’un ménage accède plus ou moins rapidement à un logement HLM. Le résultat confirme et va même au-delà de ce que des sociologues 
et des associations pointent depuis des années par leurs observations : les personnes issues d’une immigration non européenne sont lourdement désavantagées. Et des publics en théorie considérés comme prioritaires, à savoir les plus démunis ou les femmes seules avec des enfants, sont mal traités. 

Commençons par la discrimination la plus forte, celle qui touche ce que les auteurs de l’étude appellent « les ménages non-européens ». Sous cette appellation sont désignés tous les 
ménages dont le chef de famille est de nationalité non-européenne ou bien de nationalité française avec au moins un des deux parents de nationalité non-européenne. Donc les 
immigrés des 1re et 2e générations. 

Résultat : la probabilité d’obtenir un logement au cours du premier mois est d’environ 10 % 
pour les « Européens » et de 1,5 % pour les non-Européens. Au bout d’un an, les Européens 
ont près de 50 % de chances que leur demande ait abouti, contre 15 % seulement pour les non-Européens. La probabilité d’attendre plus de 5 ans est de 35 % pour les Européens ; 
de près de 70 % pour les non-Européens. [...]

Mediapart, à travers l’exemple du maire (UMP) du Plessis-Robinson, Philippe Pemezec, a déjà montré comment une ville pouvait volontairement éviter de loger certains habitants à l’origine indésirable.
Cependant, pour Thomas Kirszbaum, un des auteurs de l’étude de 2001, le travail des sociologues révèle autre chose : « Aujourd’hui comme hier, il ne s’agit pas de dire qu’il existe une intentionnalité de discriminer, ni de pointer des dérapages individuels. Nous parlons de discrimination systémique. La logique est impulsée par un système de gestion financier, administratif et politique. Or le monde HLM est dans le déni des discriminations, il refuse de s’interroger comme deux autres institutions pourtant déterminantes pour les immigrés : la police et l’éducation nationale. Tous trois refusent de se demander pourquoi ils produisent des inégalités raciales. » 

[...]

jeudi 1 août 2013

Lettre adressée à l'Opdh des Hauts-de-Seine

La lettre ci-dessous à été adressée par mail à la Directrice adjointe du patrimoine et de la gestion locative à l'Office Public Départemental de l'Habitat des Hauts-de-Seine le 30 juillet 2013. Elle alerte Mme N. sur quatre dossiers qui nous ont été rapportés et qui révèlent des dysfonctionnements dans l'attribution des logements sociaux au Plessis-Robinson.


Madame N.,


Je vous remercie de m'avoir accordé un peu de votre temps lors de notre dernier entretien téléphonique. 
Permettez-moi de revenir vers vous et vous alerter sur quatre situations révélatrices d'un réel problème dans l'attribution des logements sociaux au Plessis-Robinson et plus généralement dans les Hauts-de-Seine. 

Le premier cas est celui de la famille F. :
No de dossier unique : 0770606XXXXXXXXXXX
Cette famille composée de 4 enfants (1 garçon et 3 filles) vit depuis plusieurs années dans un F3 du privé.  Le père par ailleurs justifie d'un taux d'incapacité supérieur à 50 %.
Cette famille a déposé deux demandes de logement une à l'Opdh92, l'autre en mairie du Plessis-Robinson en juin 2006. Cela fait donc plus de 7 ans que cette famille prioritaire si j'en crois la situation (handicap, ancienneté, sur-occupation) attend un relogement. Elle n'a pour l'heure reçu aucune proposition, et Philippe Pemezec n'a pas daigné répondre aux demandes de rendez-vous de Monsieur F.
M. F m'a dit vouloir accepter un relogement à Bagneux, voire Clamart.

Le second cas est celui de la famille B. :
No de dossier unique : 0920404XXXXXXXXXXX
Cette famille avec 2 enfants attend une naissance en septembre. En septembre prochain ils seront 5 à occuper un F3. 
Comme l'indique le no unique cette famille attend un relogement depuis 2004, c'est-à-dire plus de 9 ans !

Le troisième cas est celui de Monsieur C. :
No de dossier unique : 0921208XXXXXXXXXXX
Ce monsieur a déposé en 2008 un dossier à la délégation de l'Opdh92 au Plessis Robinson. Son dossier est inconnu du service du logement du Plessis-Robinson où l'on nous affirme que seuls sont traités les demandes déposées en mairie bien que le dossier de M. C. soit présent sur le serveur national depuis plus de 5 ans.

Le quatrième cas est celui de Melle B. :
No de dossier unique : 111091XXXXXXXXXXXX
Cette jeune femme qui justifie un taux d'handicap à plus de 80% n'a toujours pas reçu de proposition à sa demande de logement déposée en septembre 2011 ?

Pourquoi ces familles n'ont-elle pour l'heure reçu aucune proposition ? Elles finissent par penser que leur dossier n'est pas traité avec l'impartialité requise. Quelle réponse pouvez-vous nous apporter à propos de ces dossiers ? Quand ces familles se verront-elles enfin proposer un logement ? Combien d'années devront-elles encore attendre ?

Autre point, qu'en est-il du numéro unique ? Personne encore ne m'a apporté de réponse satisfaisante sur la question suivante :
Qui s'occupe de proposer les dossiers en commission d'attribution de l'Opdh92 si la mairie du Plessis Robinson ne le fait pas ? En effet le service logement de la ville du Plessis affirme d'une part ne pas prendre en compte l'ancienneté du no unique mais l'ancienneté du dépôt en mairie et d'autre part ne regarder que les dossiers présents dans le logiciel mairie. 

Pourquoi l'Opdh92 n'a t-il jamais proposé ces dossiers en commission ?
Ces familles attendent une réponse. 

Dans l'attente de vous lire sur la situation de ces dossiers, je vous prie d'agréer, Madame l'expression de mes salutations distinguées.

P.S. Je tiens à votre disposition l'ensemble des documents (demandes, justificatifs des taux d'handicap ou d'incapacité).



mercredi 31 juillet 2013

SOS Racisme dépose plainte contre Le Pen et Estrosi pour leurs propos sur les Roms et gens du voyage

Par AFP


SOS Racisme a annoncé avoir porté plainte mardi auprès du procureur de la République de Nice contre Jean-Marie Le Pen et Christian Estrosi pour incitation à la haine raciale notamment, après leurs propos visant la communauté des Roms et gens du voyage.
La plainte pour "provocation à la haine et à la discrimination ethniques, non suivie d'effet", "discrimination par refus d'appliquer une loi" et "violences, sans incapacité, pour raisons ethniques" a été déposée par Amadou Diallo, président de l'antenne niçoise de SOS racisme, dans la matinée. 


Délinquants à mater; présence urticante et odorante


Interrogé sur l'occupation illégale de terrains par des gens du voyage dans sa ville, le député-maire UMP de Nice, Christian Estrosi, avait promis début juillet de "mater" les tziganes, en qualifiant de "délinquants" ceux qui installent leurs caravanes sans autorisation.
Dénonçant des agissements coûteux pour "les contribuables français", il avait promis à tous les maires un "mode d'emploi" pour les combattre.
De son côté, le président d'honneur du FN Jean-Marie Le Pen, venu présenter le 4 juillet à Nice la candidate nouvellement investie par le FN pour les municipales 2014, avait qualifié la présence de Roms dans la ville d'"urticante" et "odorante" et prédit que "50.000 Roms" allaient venir s'y installer en 2014.


Expulsion par Gabi Jimenez


Banalisation du discours raciste


"Au-delà des dispositions de la loi qui répriment les propos discriminatoires de M. Estrosi, nous dénonçons la banalisation du discours raciste et xénophobe", a déclaré à l'AFP M. Diallo. "Les hommes politiques doivent s'astreindre à une certaine éthique de comportement dans l'espace public en évitant d'attiser la haine ou l'appel à la haine, comme c'est le cas s'agissant des propos de M. Estrosi". 
"L'amalgame qui est fait par rapport à ces différentes communautés dénote la surenchère savamment entretenue par MM. Le Pen et Estrosi dans l'optique des prochaines échéances électorales municipales en 2014", selon M. Diallo.


Plainte de l'association France Liberté Voyage


L'association de défense des gens du voyage France Liberté Voyage a déjà déposé plainte pour diffamation publique et incitation à la discrimination et à la haine raciale.
A la suite de cette annonce, M. Estrosi a fait part de son intention de poursuivre SOS Racisme "pour diffamation et dénonciation calomnieuse", jugeant cette plainte "insupportable et hors de propos". "Il n'y avait aucun amalgame ni aucune stigmatisation dans mes propos: simplement la volonté de voir la loi s'appliquer!", assure-t-il dans une réaction transmise à l'AFP. 
"Les gens du voyage qui s'introduisent sans droit ni titre et par effraction sur un bien public sont des délinquants au même titre que n'importe quel citoyen agissant de même sur tout le territoire national", ajoute le maire de Nice.

dimanche 28 juillet 2013

Une « action de groupe » contre la discrimination

Deux propositions de loi, l’une écologiste déposée au Sénat, l’autre socialiste préparée à l’Assemblée nationale, visent à instaurer le principe d’actions de groupe en matière de discrimination.
La première, déposée ce jeudi sur le bureau du Sénat par la sénatrice EELV Esther Benbassa, veut établir la possibilité de «class action», c’est-à-dire d’un recours collectif en justice par un grand nombre de personnes estimant toutes avoir subi le même préjudice de discrimination.

Parallèlement, et sans concertation préalable, le député PS Razzy Hammadi a indiqué jeudi vouloir déposer en septembre une proposition de loi à l’objectif analogue pour «un examen dans l’hémicycle avant la fin de l’année».
Cet élu de Seine-Saint-Denis fait valoir que les discriminations «ne sont pas toujours visibles et grossières» et qu'«il est souvent difficile et trop coûteux pour leurs victimes de poursuivre individuellement en justice leurs auteurs».
«En cohérence avec l’action de groupe» adoptée récemment par l’Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi sur la consommation dont il a été le rapporteur, M. Hammadi propose qu’il revienne «à une association, un syndicat représentatif ou encore au Défenseur des droits de porter l’action devant le juge».
«Comme en matière de consommation, l’introduction d’une action de groupe est aussi une arme de dissuasion massive qui veut responsabiliser et inciter les structures à instaurer davantage d’équité en leur sein», observe-t-il.


mardi 23 juillet 2013

Noël Mamère : "Trappes, les musulmans et le racisme d’Etat"


L’analyse de Noël Mamère (que je vous livre ci-dessous et à retrouver sur son blog) sur les derniers événements de la ville de Trappes mérite qu'on s'y arrête. En effet avec des arguments simples et objectifs il va à l'encontre des analyses simplistes rabâchées en continue dans les médias mais surtout questionne la démagogie de bon nombre de nos politiques, démagogie digne d'une veille d'échéance électorale. 
Noël Mamère
Trappes, la ville de Jamel Debbouze et d’Omar Sy, ne rigole plus avec ses humoristes. Des centaines d’habitants ont attaqué le commissariat, à coups de pierres, symbole pour ces jeunes Français issus de la colonisation de l’atteinte à leur dignité.
Le motif de cette poussée de violence ? L’exigence de libérer un homme qui avait osé protester contre l’interpellation de sa femme par des policiers; elle portait le voile intégral, les policiers voulaient contrôler son identité.

Ces faits posent d’emblée trois questions :
  • Où est passée la police de proximité promise par la gauche qui devait remplacer les BAC et autres compagnies de CRS dans les quartiers dits sensibles ?
  • Pourquoi interpeller en plein ramadan une jeune femme voilée, sachant que durant cette période, un tel geste peut être interprété comme une provocation à l’égard des populations musulmanes ?
  • Enfin, la loi sur le voile intégral est-elle pertinente ?
Des lois productrices de discriminations
J’ai fait partie des rares députés qui ont toujours considéré les différentes lois sur le voile comme productrices de discriminations et de violences potentielles. Nous y sommes.
Si l’on ajoute à cela le refus de Manuel Valls d’appliquer la promesse de François Hollande d’en finir avec le contrôle au faciès, une telle conjonction ne pouvait que produire le type d’émeute à laquelle nous venons d’assister.
Les déclarations martiales du ministre de l’Intérieur, les vociférations de Christian Estrosi, Hortefeux et Le Pen n’y changeront rien.
La révolte de Trappes nous oblige aussi à réfléchir sur la vague d’islamophobie qui s’est emparée de notre pays. Le ministre de l’Intérieur, cette dernière semaine, dénonçait la multiplication des faits anti-musulmans dans plusieurs villes de la périphérie parisienne, à Chanteloup-les-Vignes et à Argenteuil.
A Marseille, la question du voile revient au centre de l’actualité et avec elle, celle de la place des musulmans dans la société.

Le boomerang du racisme d’Etat
Au nom de l’universalisme, on a trop longtemps eu tendance à nier le rôle de la religion dans la société française. L’Etat a fait de l’Islam – deuxième religion de France – un culte discriminé sans que le législateur tente de résoudre les problèmes vécus au quotidien par les fidèles (comme les carrés musulmans au sein des cimetières, la régulation du marché de la viande hallal ou la construction des mosquées).
Sous prétexte de combattre les signes religieux ostentatoires, on a privilégié la seule lutte contre le voile et inventé de nouvelles discriminations pour des femmes qui se voient doublement mises à l’index : en tant qu’arabe et musulmane, ne pouvant plus travailler dans certains établissements, et stigmatisées dans tous leurs actes quotidiens.
De fait, un racisme d’Etat, utilisant l’amalgame entre musulmans, islamistes, terroristes et immigrés, s’est lentement insinué dans la société française, préparant le terrain à des conflits de civilisations à l’échelle des territoires.
Le moment est venu pour la France de prendre cette question à bras-le-corps. Si on ne lui donne pas de réponse autre que répressive, elle va nous revenir au visage comme un boomerang.

Trente ans après la marche pour l’égalité
Le problème que nous rencontrons se joue dans le cadre franco-français, dans un pays qui a érigé la laïcité en dogme. Mais – et c’est là toute la difficulté – il est marqué par un contexte international où l’islam politique a pris le pouvoir dans plusieurs sociétés musulmanes, à la faveur des printemps arabes.
Dans ces sociétés, comme la Tunisie ou l’Egypte, les classes moyennes refusent à juste titre ce qu’elles considèrent comme un dévoiement théocratique de leur révolution. Elles ont raison et nous les soutenons.
Mais cette solidarité ne doit pas nous faire oublier qu’en France, ce sont des populations discriminées qui se revendiquent de l’Islam. Il faut donc refuser tout amalgame entre les deux situations et tracer les chemins d’un dialogue pour parvenir à apaiser les tensions.
Malheureusement, en temps de crise morale, économique et sociale, il est tellement plus facile pour de nombreux responsables politiques d’utiliser les musulmans comme des boucs émissaires, que de trouver les mots d’apaisement et de prendre le temps de comprendre pourquoi on en est arrivés là.
Mais Trappes, trente ans après la marche pour l’égalité et contre le racisme, nous oblige aussi à reconsidérer la politique de la ville menée par les gouvernements de droite et de gauche. Depuis novembre 2005 et les révoltes urbaines généralisées, rien n’a été fait pour répondre aux préoccupations des habitants des quartiers populaires.

L’américanisation des banlieues françaises
L’Etat a démontré son incapacité à apporter des réponses à la lutte contre le chômage des jeunes, aux questions d’éducation et de formation, à l’enclavement des quartiers et à la relégation des habitants.
Cette inertie a favorisé la fuite d’une partie de ses habitants a créé, malgré le discours ambiant sur la mixité sociale, des ghettos où sont concentrées des populations en fonction de leur appartenance ethnique et religieuse.
Or, de nouveaux conflits urbains dessinent le portrait d’une France séparée. Cette américanisation des banlieues françaises est en contradiction absolue avec le rappel intangible des principes républicains, rabâchés par ceux qui croient encore vivre sous la Troisième République.
La vulgate anticommunautariste n’est qu’un prêt-à-penser inutile pour comprendre notre société multiculturelle. Il faudra un jour dépasser cette contradiction :
  • ou accepter une certaine logique communautaire, en s’appuyant sur les forces vives de « l’empowerment », c’est à dire la capacité des populations à faire surgir en leur sein de nouvelles élites urbaines, comme aux Etats-Unis ou en Afrique du Sud ;
  • ou appliquer l’égalité réelle des droits, ce qui suppose un investissement sans commune mesure avec nos capacités actuelles. Mener les deux de front, c’est possible et cela porte un nom : la société du bien vivre ensemble.


Articles sur le même sujet


Retour sur une émeute par Les mots sont importants par Sylvie Tissot (LMSI)

jeudi 18 juillet 2013

Le journaliste Henri Alleg est décédé

C'est avec grande tristesse que nous apprenons le décès d'Henri Alleg journaliste, militant communiste et anticolonialiste qui fut l'un des premiers à dénoncer l'usage de la torture pendant la guerre d'Algérie.


Par AFP

Le journaliste et militant communiste Henri Alleg, auteur de l’ouvrage La Question (1958) qui dénonçait la torture pendant la guerre d’Algérie, est décédé mercredi à Paris à l’âge de 91 ans, a-t-on appris auprès du quotidien L’Humanité dont il fut secrétaire général. Publié à l’époque aux éditions de Minuit, ce livre-témoignage avait été saisi au lendemain de sa parution.


Henri Alleg

Né en juillet 1921 à Londres, de parents juifs polonais ayant fui les pogroms, Henri Salem, dit Alleg, arrive en avril 1940 à Alger et adhère un an plus tard au parti communiste algérien (PCA), dont il est membre du comité central jusqu’à sa dissolution en 1955. Il dirige le quotidien Alger Républicain, organe du PCA, de février 1951 à juillet 1955, date de son interdiction.
Arrêté en 1957 en pleine bataille d’Alger et torturé puis condamné en 1960 à dix ans de travaux forcés en France, il s’évade de prison un an plus tard et regagne la capitale algérienne. Il refonde alors Alger Républicain jusqu’à son sabordage après la chute du président Ben Bella. Henri Alleg, adhérent au PCF auquel il restera fidèle jusqu’à la fin de sa vie, a été journaliste à L’Humanité de 1966 à 1980.

La baie d'Alger (1960)


La Question : le livre-témoignage


Henri Alleg est arrêté le 12 juin 1957, soit le lendemain de l'arrestation de Maurice Audin, par les hommes de la 10e division parachutiste. Il est séquestré un mois à El-Biar où il est torturé et subit de multiples interrogatoires, dont un mené après une injection de penthotal. Il est ensuite transféré au camp de Lodi où il reste un mois puis à Barberousse, la prison civile d'Alger. C'est là qu'il écrira La Question, dissimulant les pages écrites et les transmettant à ses avocats.

Dans La Question, il raconte sa période de détention et les sévices qu'il y a subis, en pleine guerre d'Algérie. Tout d'abord publié en France aux éditions de Minuit, l'ouvrage est immédiatement censuré. Les exemplaires mis en vente sont saisis le 27 mars malgré les interventions de André Malraux, Roger Martin du Gard, François Mauriac et Jean-Paul Sartre auprès du président René Coty. Nils Andersson le réédite en Suisse, quatorze jours après l'interdiction frappant en France. Malgré son interdiction en France, ce livre a considérablement contribué à révéler le phénomène de la torture en Algérie en confortant les témoignages qui s'étaient multipliés dans la presse au cours de l'année 1957. Sa censure n'a pas empêché sa diffusion clandestine à 150 000 exemplaires.


Le livre s'ouvre avec la formule : 
« En attaquant les Français corrompus, c’est la France que je défends. » 
Il y accuse nommément Philippe Erulin d'être le principal auteur de sa torture, ainsi que ses complices subalternes. Roger Faulques est également présent à un moment de ses interrogatoires, se vantant d'être « le fameux capitaine SS ». Jacques Massu, au travers de son aide de camp le lieutenant Mazza, est cité, mais n'est pas présent.


Extraits :

« Jacquet, toujours souriant, agita d’abord devant mes yeux les pinces qui terminaient les électrodes. Des petites pinces d’acier brillant, allongées et dentelées. Des pinces « crocodiles », disent les ouvriers des lignes téléphoniques qui les utilisent. Il m’en fixa une au lobe de l’oreille droite, l’autre au doigt du même côté… Brusquement, je sentis comme la morsure sauvage d’une bête qui m’aurait arraché la chair par saccades. Toujours souriant au-dessus de moi, Jacquet m’avait branché la pince au sexe. Les secousses qui m’ébranlaient étaient si fortes que les lanières qui me tenaient une cheville se détachèrent. On arrêta pour les rattacher et on continua… »

Il y a maintenant plus de trois mois que j'ai été arrêté. J'ai côtoyé, durant ce temps, tant de douleurs et tant d'humiliations que je n'oserais plus parler encore de ces journées et de ces nuits de supplices si je ne savais que cela peut être utile, que faire connaître la vérité c'est aussi une manière d'aider au cessez-le-feu et à la paix. Des nuits entières, durant un mois, j'ai entendu hurler des hommes que l'on torturait, et leurs cris résonnent pour toujours dans ma mémoire.

"Alors, il ne veut pas parler ? dit l'un des civils.
-On a tout le temps , dit le commandant, ils sont tous comme ça au début : on mettra un mois, deux mois ou trois mois mais il parlera.
-C'est le même genre que Akkache ou Eyette Loup, repris l'autre. Ce qu'il veut : c'est être un "héros", avoir une petite plaque sur un mur dans quelques centaines d'années." Ils rirent à sa plaisanterie.

[...]

Henri Alleg fait dire à l'un de ces officiers :
« Tu vas parler ! Tout le monde doit parler ici ! On a fait la guerre en Indochine, ça nous a servi pour vous connaître. Ici, c'est la Gestapo ! Tu connais la Gestapo ? Puis, ironique : Tu as fait des articles sur les tortures, hein, salaud ! Eh bien ! maintenant, c'est la 10e D.P. qui les fait sur toi. »

Maurice Audin

Né le 14 février 1932 à Béja et décédé le 21 juin 1957, est un assistant de mathématiques français à l’université d’Alger, membre du Parti communiste algérien et militant de la cause anticolonialiste.
Pour ses proches ainsi que pour des journalistes et historiens, il fut torturé et tué par les services français, car il était militant de la cause de l'indépendance algérienne. 
Il est le père de la mathématicienne Michèle Audin.

Maurice Audin

dimanche 30 juin 2013

Le premier Robinson

Sur le site du Conseil Général des Hauts de Seine on peut lire que Le Plessis-Robinson autrefois Le Plessis-Piquet doit son nom au succès du roman de Daniel Defoe  
« Robinson Crusoé » :
« Inspiré par ce mythe, un restaurateur du Plessis-Piquet baptise sa guinguette "Au Grand Robinson". Le succès est tel qu'en 1919, la commune du Plessis-Piquet est rebaptisée Plessis-Robinson. »
Robinson Crusoé

L’auteur de cet article précis et détaillé nous explique que le succès du roman de Daniel Defoe inspirera par la suite de nombreux autres Robinsons dans la littérature. Cependant il omet de préciser ou bien il ne sait pas que le véritable premier Robinson fut celui d'Ibn Tufayl philosophe musulman de l’Andalousie du XIIème siècle.

Marie-Hélène Cabrol-Weber*, Professeur agrégé de Français, Docteur d'état ès-lettres dans une étude comparée des Robinsons les plus emblématiques écrit :
’’Le thème de l'homme isolé de ses semblables et confronté dans un temps resserré à toutes les évolutions de la civilisation au cours des siècles offre le cadre merveilleux d'une réflexion sur le genre humain et sur l'organisation d'une société. Il permet, dans cet espace clos qu'est l'île, d'observer un microcosme exemplaire. Suffisamment dense grâce à ce resserrement spatio-temporel et à cette réduction maximale du nombre des personnages, cette histoire est l'occasion pour chaque auteur d'exprimer ses espoirs ou ses craintes envers la société, dont il devient le témoin ou le juge.
Robinson existait avant Defoe, pas seulement dans la personne de Selkirk ou autres naufragés. Le thème de l'homme échoué sur une île déserte se trouve déjà dans un ouvrage philosophique arabe de l'Andalousie du XIIème siècle : Hayy ibn Yaqzan (Le vivant fils du vigilant), écrit par le philosophe Ibn Tufayl. 
L'ouvrage d'Ibn Tufayl eut un succès énorme. Moïse de Narbonne le traduisit en hébreu en 1349. En 1671 Pocoke en fit une traduction en latin réédité en 1700. La nouvelle édition  donna deux traductions anglaises en 1674 et en 1686, soit 33 ans avant la rédaction de Robinson Crusoé.’’

Premières lignes du texte arabe


C'est ainsi que débute le récit de Hayy ibn Yaqdhan du grand philosophe Ibn Tufayl qui connut si l'on en juge sa traduction en latin, espagnol, néerlandais, anglais et persan un immense succès.

Hayy ibn Yaqdhan (le Vivant fils du Vigilant), est un jeune homme vivant seul sur une île déserte près de l'Inde sans avoir jamais connu d’autres hommes : cet enfant sans père ni mère est élevé par une gazelle et s'éveillera seul à la philosophie et à la connaissance de Dieu, s’instruira des choses de la nature et découvrira de lui-même l'univers qui l'entoure grâce à sa pensée rationnelle et à sa réflexion. (ici le texte intégral en arabe)




* Marie-Hélène Weber - Robinson et robinsonnades : étude comparée de "Robinson Crusoe" de Defoe, "Le Robinson suisse" de J.R. Wyss, "L'Ile mystérieuse" de J. Verne, "Sa majesté des mouches" de W. Golding, "Vendredi ou les limbes du Pacifique de M. Tournier, 
Ed. universitaires du Sud, 1993.


Abu Bakr Mohammed ben Abd-el-Malik
ben Tufayl el-Qaïci dit Ibn Tufail,
ou Ibn Tufayl, latinisé en Abubacer,
(1105-1185 Guadix Espagne)
était un philosophe andalous,
astronome, médecin, mathématicien
et mystique soufi. Wikipédia



Daniel Defoe, de son vrai nom Daniel Foe,
était un aventurier, commerçant, agent
politique et écrivain anglais, né en 1660 à
Stoke Newington, mort en avril 1731 à
Ropemaker’s Alley, Moorfields. Wikipédia




mercredi 22 mai 2013

A lire ... Les intellectuels intègres



L'intégrité est au coeur des débats publics. Les médias dénoncent, à juste titre, les responsables politiques qui la trahissent. Pourtant, dans le domaine des idées, ils sont trop souvent moins exigeants, s'accommodant voire faisant la promotion d’imposteurs médiatiques. 
Or, de même que la corruption de quelques responsables politiques ne doit pas jeter l'opprobre sur la démocratie, l'existence des « intellectuels faussaires » ne doit pas masquer le formidable apport à la société des « intellectuels intègres ». Références incontestables dans leurs disciplines scientifiques, ils ont bâti une œuvre véritable sur le long terme tout en restant des modèles d’honnêteté intellectuelle. Leur qualité humaine indéniable est fondée sur le respect des autres. 
À la fois penseurs, défricheurs et éclaireurs, les 15 personnalités d'exception choisies ne transigent ni avec la vérité ni avec leurs convictions même – et surtout – s'il faut aller à contre-courant. Pour eux, la fin ne justifie pas les moyens, la cause qu’ils défendent est plus importante que leur personne. Ils sont prêts à prendre des risques pour ce qu'ils pensent être juste et refusent de suivre les modes. 

Organisé en une série de portraits suivis de longs entretiens, Les Intellectuels intègres offre une réflexion unique et stimulante sur la place et le rôle des intellectuels dans notre pays à travers le parcours et le témoignage de Stéphane Hessel, Jean Baubérot, Esther Benbassa, Rony Brauman, Régis Debray, Alfred Grosser, Olivier Mongin, Edgar Morin, Emmanuel Todd, Tzvetan Todorov, Jean-Christophe Victor, Michel Wieviorka, Catherine Wihtol de Wenden, Dominique Wolton et Jean Ziegler. 

Auteur Pascal Boniface
Editeur Gawsewitch Jean-Claude
Date de parution  07/05/2013
Prix 21,90 Euros


Pascal Boniface est directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et enseignant à l’Institut d'études européennes de l'université Paris VIII. Il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages sur les relations internationales. Il a publié aux mêmes éditions Les Intellectuels faussaires qui lui a valu un grand succès auprès du public et quelques solides inimitiés dans le milieu médiatique.


Extraits 


Pascal Boniface : Vos adversaires vous reprochent de vous concentrer sur la question palestinienne et de ne pas vous occuper d'autres drames qui secouent la planète.
Stéphane Hessel : Oui, ils ont raison. On choisit toujours. On ne peut pas s'occuper de tout. Ma réponse c'est de dire << il se trouve que j'ai été, à de nombreuses reprises ces dernières années à Gaza, en Cisjordanie, en Israël, et que cela me préoccupe. Vous avez raison, il y a d'autres graves problèmes dans le monde auxquels je ne suis nullement indifférent et sur lesquels j'adopte d'ailleurs une position qui vaut pour tous, qui est le respect du droit international.>> [...].


Pascal Boniface : Aussi bien dans ta vie intellectuelle que dans ta vie politique, que penses-tu de l'argument selon lequel la fin justifie les moyens et que l'on peut, pour la bonne cause, utiliser des arguments fallacieux voire mensongers ?
Esther Benbassa :  D'abord, ma pensée ne fonctionne pas de cette façon là, et c'est sans doute un tort. Je ne crois pas avoir jamais, en toute conscience, utilisé d'arguments fallacieux pour arriver à mes fins. Moi, si on ne m'élit pas, je resterai la même, je pourrai toujours continuer. Pas comme une riche, c'est vrai, mais je ne suis pas devenue spécialement riche en devenant sénatrice. Je ne défend pas Areva, personne ne me donne d'argent pour cela, je n'ai pas de lobbies fortunés qui stimulent mon action. Les Arabos-musulmans en butte au racisme, le droit de vote des étrangers, les gens du voyage, les prostitué(e)s, les gens que j'aide au quotidien pour leur régularisation ou leur naturalisation, les femmes que j'essaie de protéger quand on les met à la porte de chez elles avec leurs enfants parce qu’elles ne peuvent pas payer leur loyer, tout cela ne m'apporte pas de voix [...].


Pascal Boniface : Comment fais-tu le lien entre ta réflexion intellectuelle et les engagements que tu as pris, notamment à propos des conflits récents (Kosovo, Irak, Lybie) ? Qu'est-ce qui te mène, de la réflexion dans ton bureau quand tu écris un livre ou que tu en lis pour réfléchir à ces questions, à la rédaction d'une tribune par exemple ?
Tzvetan Todorov : Je me souviens, et c'est peut-être là qu'à commencé cet engagement plus actif, d'une tribune que j'ai écrite au moment de la guerre d'Irak. [...] Bien sûr, je partais de la critique des régimes totalitaires, pour moi incontournable. En même temps, et pour la première fois peut-être, je me suis aperçu qu'elle ne me suffisait pas. Je ne pouvais plus, dix ans après la chute des régimes communistes, m'en tenir au constat que la démocratie leur était préférable. Je m'apercevais bien que, même en l’absence de la menace totalitaire, tout n'allait pas pour le mieux dans notre monde ! Je suis devenu de plus en plus sensible aux dangers que recelait le régime démocratique lui-même.[...] Je me suis rendu compte qu'au nom de la démocratie on pouvait détourner et pervertir les idéaux démocratiques.[...].

Pascal Boniface : Pourtant dans le débat actuel il y a des intellectuels, dont toi, qui contestent l'ordre établi et d'autres dont la mission semble plutôt la conforter.
Jean Ziegler : C'est le choix mystérieux de chacun. Nous vivons sous un ordre cannibale du monde. Toutes les cinq secondes un enfants en dessous de 10 ans meurt de faim, 57 000 personnes meurent de faim chaque jour et près de 1 milliard d'êtres humains sur les 7 que nous sommes sont en permanence et gravement sous-alimenté. Le rapport sur l'état de l'insécurité alimentaire dans le monde de la FAO (Food and Agriculture Organization), qui chaque année donne les chiffres des victimes, dit que l'agriculture mondiale pourrait nourrir normalement, sans problème, 12 milliards d'êtres humains, donc presque le double de l'humanité actuelle [...].


Pascal Boniface : Est-ce que ce n'est pas aussi désespérant pour un intellectuel qui essaie de mieux faire comprendre les enjeux sociétaux ? Et d'autre part puisque tu disais que l'espace public permettrait de plus en plus de démentir, à quoi cela sert, si la malhonnêteté n'est pas sanctionnée, de savoir que quelqu'un est malhonnête ?
Michel Wieviorka : Les gens ont besoin de rêver, d'être flattés, d'être entendus, et cela vaut aussi pour l'intellectuel qui raisonne, mais qui souhaite aussi être entendu, trouver son public, une audience. Du coup, un démagogue, un populiste, peut faire des ravages [...].



Stéphane HesselStéphane Hessel, le vieux résistant, idole des jeunes
Nous sommes devant une sorte de timidité historique
Stéphane Hessel né le 20 octobre 1917 à Berlin, mort le 27 février 20131,2 à Paris, est un diplomate, ambassadeur, résistant, écrivain et militant politique français. Né Allemand, Stéphane Hessel arrive en France à l’âge de 8 ans. Naturalisé français en 1937, normalien, il rejoint les Forces françaises libres, en 1941, à Londres. Résistant, il est arrêté et déporté à Buchenwald, qu’il parvient à quitter vivant grâce à une substitution d’identité avec un prisonnier mort du typhus, puis s’évade lors de son transfert du camp de Dora à celui de Bergen-Belsen. Il entre au Quai d’Orsay en 1945, et fait une partie de sa carrière diplomatique auprès des Nations unies. Homme de gauche et européen convaincu, il est ami de Pierre Mendès France et de Michel Rocard. Stéphane Hessel est connu du grand public pour ses prises de position concernant les droits de l’homme, la question des « sans-papiers » et le conflit israélo-palestinien, ainsi que pour son manifeste Indignez-vous ! paru en 2010, au succès international.


Jean Baubérot
Jean Baubérot, la laïcité caustique
Il existe une tension réelle entre objectivité et engagement
Jean Baubérot né le 26 juillet 1941 à Châteauponsac (Haute-Vienne), est un historien et sociologue français, professeur émérite spécialiste de la sociologie des religions et fondateur de la sociologie de la laïcité.
Après avoir occupé la chaire d'« Histoire et sociologie du protestantisme » (1978-1990), il est titulaire de la chaire d'« Histoire et sociologie de la laïcité » (depuis 1991) à l’École pratique des hautes études dont il est le président d'honneur et professeur émérite. Il a écrit vingt ouvrages, dont un roman historique. Il est le coauteur d'une Déclaration internationale sur la laïcité signée par 250 universitaires de 30 pays.




Esther Benbassa
Esther Benbassa, la cosmopolite tenace
Je préfère rester une intellectuelle distanciée par rapport à sa tribu
Esther Benbassa née le 27 mars 1950 à Istanbul, est une universitaire française, spécialiste de l'histoire du peuple juif et de l'histoire comparée des minorités, et une femme politique, sénatrice du mouvement Europe Écologie Les Verts.







Rony Brauman
Rony Brauman, l'humanitaire conceptuel
Les accusations d'ordre moral sont plus puissantes lorsqu'elles viennent de la gauche
Rony Brauman est un médecin (spécialisé en pathologie tropicale) de nationalité française né le 19 juin 1950 à Jérusalem (Israël). Il est principalement connu pour son rôle dans l'humanitaire.





Régis Debray
Régis Debray, le philosophe désabusé mais combatif
Je suis frappé par l'assèchement rhétorique du discours politique
Régis Debray né le 2 septembre 1940 à Paris, est un écrivain, haut fonctionnaire et universitaire français, promoteur de la médiologie.







Alfred Grosser
Alfred Grosser, le pédagogue malicieux
'ai toujours voulu susciter la compréhension pour le point de vue opposé
Alfred Grosser est un politologue, sociologue et historien français d'origine allemande né le 1er février 1925 à Francfort-sur-le-Main.




Olivier Mongin
Olivier Mongin, l'antitotalitaire lucide
L'intellectuel généraliste est un citoyen qui n'a pas renoncé à l'idée d'intérêt général et de culture générale
Olivier Mongin est un écrivain et essayiste français, né à Paris en 1951. Il a été directeur de la revue Esprit de 1988 à décembre 2012.






Edgar Morin
Edgar Morin, le penseur de la complexité
Comprendre, c'est rentrer dans les raisons d'autrui
Edgar Morin né à Paris le 8 juillet 1921, est un sociologue et philosophe français. Il définit sa façon de penser comme « coconstructiviste » en précisant : « c’est-à-dire que je parle de la collaboration du monde extérieur et de notre esprit pour construire la réalité ».





Emmanuel Todd
Emmanuel Todd, le démographe prophétique
Je suis devenu intellectuel à l'insu de mon plein gré
Emmanuel Todd né le 16 mai 1951 à Saint-Germain-en-Laye, est un historien français, anthropologue, démographe, sociologue et essayiste. Ingénieur de recherche à l'Institut national d'études démographiques (INED), il développe l'idée que les systèmes familiaux jouent un rôle déterminant dans l'histoire et la constitution des idéologies religieuses et politiques.




Tzvetan Todorov
Tzvetan Todorov, l'esprit de discidence
Sortir du cercle étroit de consensus politico-médiatique français
Tzvetan Todorov né le 1er mars 1939 à Sofia, est un essayiste, philosophe et historien français d'origine bulgare. Il a dû fuir la Bulgarie soviétique.




Jean-Christophe Victor
Jean-Christophe Victor, l'arpenteur du globe
Je ne suis pas là pour heurter, mais pour enseigner et faire réfléchir
Jean-Christophe Victor né le 30 mai 19471, est un enseignant français expert en géopolitique et en relations internationales, docteur en ethnologie (Institut d'ethnologie du Musée de l'Homme) et diplômé de chinois à l'INALCO (École des langues orientales). Il est le fils de l’explorateur Paul-Émile Victor et de la productrice de télévision, Éliane Victor.  


Michel Wieviorka
Michel Wieviorka,  les sciences sociales comme arme politique
L'intégrité c'est accepter d'être transformé soit par la pratique sociale soit par les analyses des autres
Michel Wieviorka né le 23 août 1946 à Paris) est un sociologue français.




Catherine Wihtol de Wenden
Catherine Wihtol de Wenden, politologue tranquille et combattante
Il y a un très grand académisme dans notre métier et beaucoup de conservatisme
Catherine Wihtol de Wenden est une politologue et une sociologue française. Directrice de recherche au CNRS (CERI) et docteur en science politique (Institut d'études politiques de Paris), elle est une spécialiste des migrations internationales sur lesquelles depuis une vingtaine d'années, elle a mené différents travaux, conduit de nombreuses études de terrain, et dirigé différentes recherches comparatives, surtout européennes. Elle a été consultante auprès de l'OCDE, du Conseil de l'Europe, de la Commission européenne et "expert externe" auprès du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Elle est aussi membre de la Commission nationale de déontologie de la sécurité.

Dominique Wolton
Dominique Wolton, le penseur indiscipliné
Il n'y a jamais eu autant d'outils pour capter la réalité et jamais eu autant de distance entre les hommes politiques et la réalité. Idem pour les journalistes
Dominique Wolton né le 26 avril 1947 à Douala au Cameroun, est un intellectuel français, chercheur en sciences de la communication spécialiste des médias, de l'espace public, de la communication politique, et des rapports entre sciences, techniques et société. Ses recherches contribuent à valoriser une conception de la communication qui privilégie l'homme et la démocratie plutôt que la technique et l'économie.

Jean Ziegler
Jean Ziegler, l'éternel révolté 
Je résiste aussi par conviction d'être parfois utile et grâce aux témoignages que je reçois
Jean Ziegler né Hans Ziegler, le 19 avril 1934 à Thoune dans le canton de Berne en Suisse, est un homme politique, altermondialiste et sociologue suisse. Il a été rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dans lesquels il analyse notamment cette question, et est également connu pour cette phrase : « l'agriculture mondiale peut aujourd'hui nourrir 12 milliards de personnes [...]. Il n'existe donc à cet égard aucune fatalité. Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné. »