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samedi 14 février 2015

Le «jeune-de-banlieue» mange-t-il les enfants ?

Par Thomas GUÉNOLÉ, politologue et enseignant à HEC


Face à une réalité composite, en plus d’être raciste et islamophobe, le stéréotype du «jeune-de-banlieue» est surtout parfaitement idiot.


Le «jeune-de-banlieue», c’est l’ogre des temps modernes. Arabe mal rasé de 15-35 ans vêtu d’un survêtement à capuche, il se promène avec un cocktail Molotov dans une main et une kalachnikov dans l’autre. Il fume du shit dans les cages d’ascenseur, il brûle des voitures ; il gagne sa vie grâce à des trafics de toutes sortes et en fraudant les allocations sociales. Sa sexualité consiste à violer les filles en bande dans des caves ; sa spiritualité, à écouter les prêches djihadistes de l’«islam-des-banlieues», dans des caves également. Il hait la France, l’ordre, le drapeau, et bien sûr, il déteste les Français (comprendre : «les Blancs»). Il aime le jihad et l’islamisme. Son rêve : partir en Syrie se battre aux côtés d’Al Qaïda, pour ensuite revenir en France commettre des attentats. Il ne serait donc pas étonnant que bientôt les parents disent à leurs enfants : «si tu n’es pas sage, le jeune-de-banlieue viendra te chercher».  

Cette description correspond autant aux vrais jeunes des banlieues que le célèbre beauf à béret, avec baguette sous le bras, accordéon et litron de rouge, est représentatif du Français moyen. Problème : depuis les attentats de janvier, ce stéréotype s’est encore renforcé. Pourtant, le terrorisme des frères Kouachi n’est pas plus représentatif de la jeunesse de banlieue que l’héroïsme de Lassana Bathily ou la réussite de l’humoriste Jamel Debbouze.
 
Loin du monochrome absurde du monstrueux «jeune-de-banlieue», la réalité tient plutôt du tableau impressionniste. Ce qu’on appelle «la banlieue», ce sont les banlieues urbaines pauvres. Pendant les Trente Glorieuses, l’immigration pauvre venue du Maghreb et d’Afrique subsaharienne a été parquée dans ces territoires, où vivaient déjà des pauvres descendant de l’exode rural et des vagues précédentes d’immigration de travail : notamment d’Europe du sud et de l’est. La population jeune de ces ghettos urbains a donc des origines, des cultures, des couleurs de peau, aussi diverses que les origines, les cultures et les couleurs de peau de la pauvreté urbaine française.
 
Quant à ce que les vrais jeunes de banlieue font de leur vie, la réalité est moins spectaculaire que le fantasme. L’ascenseur social étant en panne, seule une minorité d’entre eux, quantitativement marginale, arrive à s’en sortir : elle change de classe sociale et souvent, elle déménage de la banlieue pauvre. Le cocktail de cette réussite mélange la détermination, le talent, beaucoup de travail, et parfois la chance d’un «piston». Symétriquement, seule une minorité, encore plus marginale, vit de trafics divers et de contrebande ; une minorité plus marginale encore bascule, elle, dans l’adhésion au totalitarisme wahhabite ou salafiste. Mais pour l’écrasante majorité, pour le gros des troupes, la réalité, c’est une galère de jeune pauvre urbain qui vivote et ne sortira pas du ghetto : 6 sur 10 avec un job mal payé et précaire ; 4 sur 10 au chômage.
 
Face à cette réalité composite, en plus d’être raciste et islamophobe, le stéréotype du «jeune-de-banlieue» est surtout parfaitement idiot. C’est du même niveau intellectuel que «les blondes sont bêtes» ou «les Chinois sont fourbes». Il est donc temps de formuler une requête très simple et très précise aux personnalités politiques, aux «intellectuels» et aux éditorialistes qui propagent ce stéréotype stupide : pourriez-vous arrêter de raconter n’importe quoi sur les jeunes de banlieue ?

lundi 9 février 2015

Plus de 350 villes toujours rétives aux logements sociaux

Plus d’un tiers des municipalités assujetties à la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) ne remplissent toujours pas leurs obligations de construction de logements sociaux.





En savoir plus sur le site du monde ici

dimanche 8 février 2015

Afrique du Sud : Décès d’André Brink, écrivain engagé contre l’apartheid


L’écrivain sud-africain, Andre Brink, engagé contre l’apartheid et auteur notamment de Une saison blanche et sèche, est décédé dans la nuit de vendredi à hier, à l’âge de 79 ans, ont rapporté des médias sud-africains.
L’agence radio Eye Witness News a notamment obtenu la confirmation de son décès auprès de son ex-épouse, Alta Brink. Ancien professeur d’anglais à l’université du Cap, il est décédé à bord d’un avion qui le ramenait d’Europe, après avoir été fait docteur honoris causa de l’université catholique de Louvain, en Belgique. Plusieurs fois proposé pour le Nobel de littérature mais jamais primé, il avait reçu plusieurs prix prestigieux dans son pays et à l’étranger, dont le prix Medicis étranger en 1980 pour Une saison blanche et sèche. Ses liens avec la France remontaient à ses études à la Sorbonne entre 1959 et 1961, où il avait obtenu un diplôme de littérature comparée.
Il avait également reçu la Légion d’honneur en 1983. Né en mai 1935 d’un père magistrat et d’une mère professeur dans un collège anglophone, il écrivait aussi bien en anglais qu’en afrikaans, la langue dominante de la minorité blanche sud-africaine. Il était membre de Die Sestigers, un mouvement littéraire qui s’était élevé contre la politique ségrégationniste d’apartheid à partir des années 1960.
En 1973, il fut le premier écrivain afrikaneer frappé par la censure en Afrique du Sud pour son roman Au plus noir de la nuit qualifié de roman «pornographique». Dès ses premières œuvres, au titre parfois provoquant comme Orgie, il encourt la réprobation des milieux conservateurs sud-africains.
Son œuvre la plus connue est certainement Une saison blanche et sèche, immédiatement interdite en Afrique du Sud et publiée à Londres en 1979. Ce roman raconte l’histoire d’un Sud-Africain blanc qui se lance dans une enquête pour connaître le sort réel de deux amis noirs, un père et un fils, morts pour avoir contesté le régime d’apartheid.
En 2009, Brink avait publié un livre de mémoires intitulé A Fork in the Road (traduit par Mes bifurcations), dans lequel il tirait un bilan assez   sombre des 15 premières années post-apartheid, notant que la liberté chèrement acquise n’avait pas exorcisé tous les démons de son pays. Un instant dans le vent, Rumeurs de pluie, Un turbulent silence, Le mur de la peste et, plus récemment, Etats d’urgence, figurent parmi ses  titres les plus connus.
AFP

jeudi 29 janvier 2015

France Kafka ou France hystérique !

L'écrivain Mabrouck Rachedi s'imagine dans la tête de l'élève de CE2 qui a été convoqué par la police après sa réaction aux attentats. L'enfant avait perturbé la minute de silence. 


Je m'appelle Ahmed. J'ai 8 ans. Y a beaucoup de bruit autour de moi. Des gens qui m'expliquent - non qui m'engueulent. Ils disent que j'ai fait une connerie. J'ai dit que j'étais avec les terroristes quand la maîtresse m'a demandé si j'étais avec Charlie. Moi j'aime bien déconner. Ca fait rire les copains. La dernière fois, j'ai blagué que j'étais Superman, et puis une autre fois, je me suis moqué des chicots dégueus du gros Bouboule. La maîtresse m'a dit que c'était mal, je me suis excusé et ça s'est arrêté là. Pour cette vanne sur Charlie qu'a même pas fait rire les copains, on m'envoie en "audition libre" devant un "officier de police judiciaire" pour "apologie du terrorisme".
Je comprends rien à ce qui m'arrive mais j'apprends plein de mots nouveaux. Ca va faire plaisir à la maîtresse qui dit que je manque de vocabulaire. Les copains, y vont être verts quand y verront que je connais plus qu'eux. Mais bon, on me laisse pas aller à l'école. C'est comme ça que j'apprendrai, il paraît. Apprendre quoi ? Y me disent pas. Ma soeur, elle a connu Les souffrances du jeune Werther en regardant Violetta. Moi, je fais mon éducation au commissariat. Je répète: c'est comme ça que j'apprendrai, il paraît.

 

Aimer cette France où je "comparais en audition libre"?

 

Les grands, ils me disent rien. Enfin si, ils crient, ils ordonnent mais ils expliquent rien. Ils me disent "faut respecter les morts", "faut arrêter les conneries". Ils me disent jamais pourquoi ce que j'ai fait, c'est mal. Ils me disent qu'il faut que je m'explique mais eux, ils s'expliquent jamais. Ils m'expliquent jamais.
Y me disent aussi "faut aimer la France". Cette France où un directeur d'école porte plainte contre un élève de CE2? Cette France où je comparais en "audition libre"? (tu vois que j'ai appris un nouveau mot de vocabulaire, elle va être contente la maîtresse) J'avoue, j'ai un peu de mal à l'aimer cette France aujourd'hui. Elle sent encore plus mauvais que l'haleine du gros Bouboule, cette France qui voit en moi un djihadiste en puissance. Hé les grands, j'ai 8 ans. Vous dites que je déconne mais vous déconnez pas un peu en ce moment ?

 

J'aime bien faire rire les copains tu sais

 

Du coup, je comprends rien. Y a du bruit autour de moi. Mais y a pas de mots pour expliquer. Je te jure, je savais pas ce que c'était le terrorisme. La maîtresse, elle dit que je manque de vocabulaire. Je sais, je me répète beaucoup mais c'est au cas où t'aurais pas compris. On me demande beaucoup de me répéter au commissariat. Tu vas rire mais je croyais que le terrorisme, c'était l'haleine du gros Bouboule qu'a les chicots tout dégueus. La semaine dernière, la maîtresse m'a appris ce que c'est la ciboulette. Moi je croyais qu'elle avait dit "boulette" et les copains y se sont marrés alors j'ai continué à dire "boulette" au lieu de "ciboulette". Moi j'aime bien faire rire les copains, tu sais.
La maîtresse, elle m'a toujours expliqué (à une époque où on m'expliquait) qu'il fallait s'excuser et qu'on était alors pardonné. Elle dit que l'erreur est humaine, le pardon est divin. Tu vois que je l'écoute, des fois, la maîtresse. Je te jure, je me suis excusé mais le directeur, il a pas été divin. Il m'a cafté, enfin il m'a signalé comme y disent chez les grands. Papa, il a été divin. C'est lui qui m'a dit de m'excuser. Il m'a expliqué. Le seul qui m'a expliqué. Maintenant il a des problèmes, on lui dit que c'est de sa faute si j'ai dit une connerie. Moi j'ai peur de la logique des grands: eux qui croivent que je vais apprendre sans qu'y m'expliquent, ils vont peut-être croire que je serai mieux sans papa. Pardon, j'ai dit "ils croivent". La maîtresse, elle dit que c'est une connerie et ça fait rire les autres. Je m'excuse. Enfin, je te prie de m'excuser. La maîtresse, elle dit qu'on s'excuse pas, qu'on présente s'excuse et que c'est à l'autre de les accepter ou pas. Je comprends mieux maintenant. La France, elle accepte pas les excuses d'un gamin de 8 ans qu'a dit une connerie.

 

Tu crois que Charlie, il est d'accord avec ce qui m'arrive?

 

Je m'appelle Ahmed. J'ai 8 ans. J'aime pas Charlie. A cause de lui, je suis allé au commissariat. Tu crois que Charlie, il est d'accord avec ce qui m'arrive ? Si c'est le cas, on m'a menti sur lui. On m'a dit qu'il était un peu comme moi, qu'il aimait bien faire rire les copains en disant des conneries.
Je m'appelle Ahmed. J'ai 8 ans. Je vous jure, je savais pas ce que c'était le terrorisme. Maintenant, je comprends mieux. Je me demande si le terrorisme c'est pas ce qu'on est en train de me faire en ce moment. "

Tribune à retrouver sur le site de l'Express ici.
Mabrouck Rachedi est un écrivain français né en banlieue parisienne en 1976. Auteur de quatre livres, Le Poids d'une âme (éditions Lattès, roman, 2006), Éloge du miséreux (éditions Michalon, essai, 2007) et Le petit Malik (éditions Lattès, roman, 2008), "La petite Malika" (éditions Lattès, 2010, coécrit avec Habiba Mahany)

jeudi 15 janvier 2015

« Lettre à ma fille, au lendemain du 11 janvier 2015 », par JMG Le Clézio

Tu as choisi de participer à la grande manifestation contre les attentats terroristes. Je suis heureux pour toi que tu aies pu être présente dans les rangs de tous ceux qui marchaient contre le crime et contre la violence aveugle des fanatiques. J’aurais aimé être avec toi, mais j’étais loin, et pour tout dire je me sens un peu vieux pour participer à un mouvement où il y a tant de monde. Tu es revenue enthousiasmée par la sincérité et la détermination des manifestants, beaucoup de jeunes et des moins ­jeunes, certains familiers de Charlie Hebdo, d’autres qui ne le connaissaient que par ouï-dire, tous indignés par la lâcheté des attentats. Tu as été touchée par la présence très digne, en tête de cortège, des familles des victimes.

Emue d’apercevoir en passant un petit enfant d’origine africaine qui regardait du haut d’un balcon dont la rambarde était plus haute que lui. Je crois en effet que cela a été un moment fort dans l’histoire du peuple français tout entier, que certains ­intellectuels désabusés voudraient croire frileux et pessimiste, condamné à la soumission et à l’apathie. Je pense que cette journée aura fait reculer le spectre de la discorde qui menace notre société plurielle.

Il ­fallait du courage pour marcher désarmés dans les rues de Paris et d’ailleurs, car si parfaite soit l’organisation des forces de police, le risque d’un attentat était bien réel. Tes parents ont tremblé pour toi, mais c’est toi qui avais raison de braver le danger. Et puis il y a toujours quelque chose de miraculeux dans un tel moment, qui réunit tant de gens divers, venus de tous les coins du monde, peut-être justement dans le regard de cet enfant que tu as vu à son balcon, pas plus haut que la rambarde, et qui s’en souviendra toute sa vie.

Cela s’est passé, tu en as été témoin.

Ils ne sont pas des barbares

Maintenant il importe de ne pas oublier. Il importe – et cela revient aux gens de ta génération, car la nôtre n’a pas su, ou n’a pas pu, empêcher les crimes racistes et les dérives sectaires – d’agir pour que le monde dans lequel tu vas continuer à vivre soit meilleur que le nôtre. C’est une entreprise très difficile, presque insurmontable. C’est une entreprise de partage et d’échange.

J’entends dire qu’il s’agit d’une guerre. Sans doute, l’esprit du mal est présent partout, et il suffit d’un peu de vent pour qu’il se propage et consume tout autour de lui. Mais c’est une autre guerre dont il sera question, tu le comprends : une guerre contre l’injustice, contre l’abandon de certains jeunes, contre l’oubli tactique dans lequel on tient une partie de la population (en France, mais aussi dans le monde), en ne partageant pas avec elle les bienfaits de la culture et les chances de la réussite sociale.

Trois assassins, nés et grandis en France, ont horrifié le monde par la barbarie de leur crime. Mais ils ne sont pas des barbares. Ils sont tels qu’on peut en croiser tous les jours, à chaque instant, au lycée, dans le métro, dans la vie quotidienne. A un certain point de leur vie, ils ont basculé dans la délinquance, parce qu’ils ont eu de mauvaises fréquentations, parce qu’ils ont été mis en échec à l’école, parce que la vie autour d’eux ne leur offrait rien qu’un monde fermé où ils n’avaient pas leur place, croyaient-ils. A un certain point, ils n’ont plus été maîtres de leur destin. Le premier souffle de vengeance qui passe les a embrasés, et ils ont pris pour de la religion ce qui n’était que de l’aliénation. 

Il faut remédier à la misère des esprits

C’est cette descente aux enfers qu’il faut arrêter, sinon cette marche collective ne sera qu’un moment, ne changera rien. Rien ne se fera sans la participation de tous. Il faut briser les ghettos, ouvrir les portes, donner à chaque habitant de ce pays sa chance, entendre sa voix, apprendre de lui autant qu’il apprend des autres. Il faut cesser de laisser se construire une étrangeté à l’intérieur de la nation. Il faut remédier à la misère des esprits pour guérir la maladie qui ronge les bases de notre société démocratique.

Je pense que c’est ce sentiment qui a dû te frapper, quand tu marchais au milieu de cette immense foule. ­Pendant cet instant miraculeux, les barrières des classes et des origines, les différences des croyances, les murs séparant les êtres n’existaient plus. Il n’y avait qu’un seul peuple de France, multiple et unique, divers et battant d’un même cœur. J’espère que, de ce jour, tous ceux, toutes ­celles qui étaient avec toi continueront de marcher dans leur tête, dans leur esprit, et qu’après eux leurs enfants et leurs petits-enfants continueront cette marche.



Jean-Marie Gustave Le Clézio, né le 13 avril 1940 à Nice, est un écrivain de langue française, de nationalités française et mauricienne.

Distinctions
Renaudot en 1963
Paul-Morand en 1980
Nobel en 2008


Oeuvres principales

Le Procès-verbal (1963)
Le Déluge (1966)
Désert (1980)
Mondo et autres histoires (1978)
Les Géants (1973)
Ritournelle de la faim (2008)

vendredi 2 janvier 2015

L'ANCOLS remplace désormais l'ANPEEC et la MIILOS

Au 1er janvier 2015 l'ANPEEC Agence Nationale pour la Participation des Employeurs à l’Effort de Construction et la MIILOSMission interministérielle d’inspection du logement social fusionnent et donnent naissance à l'ANCOLS, Agence Nationale de Contrôle du Logement Social.



Cette nouvelle agence aura pour missions de :

  • contrôler, de manière individuelle et thématique, l’ensemble des acteurs du secteur, notamment les groupes HLM et les groupes constitués autour des Comités interprofessionnels du logement (CIL),
  • évaluer l’efficacité avec laquelle s’acquittent ces acteurs de la mission d’intérêt général qui leur est confiée, en réalisant des études transversales ou ciblées,
  • gérer les suites données à ces contrôles, le cas échéant par des mises en demeure assorties d’astreintes financières et par la proposition de sanctions administratives,
  • assurer la production annuelle de données statistiques et financières relatives à la participation des employeurs à l’effort de construction (PEEC).


L'ANCOLS exercera ces missions sur :

  • les organismes de logement social, et de façon plus générale sur toute personne physique ou morale exerçant des activités de construction ou de gestion de logements locatifs sociaux,
  • les organismes appartenant au réseau Action Logement (ex 1% Logement).


Les rapports d’évaluation et de contrôle réalisés par l’ANCOLS seront rendus publics sur son site Internet.


mercredi 24 décembre 2014

Un singe sauve t-il réellement un autre singe électrocuté sur une voie ferrée en Inde ?

Dans la vidéo qui suit, beaucoup veulent croire à l'incroyable et émouvante histoire d'un singe secouant un congénère électrocuté pour le réanimer. La victime bousculée, mordue puis immergée dans l'eau du caniveau finit miraculeusement par se réveiller. La scène de sauvetage qui dure plus de 20 minutes sur le quai d'une gare du nord de l'Inde se termine avec un étonnant massage du dos prodigué par le sauveteur ...



Mais voilà, l'histoire est peut-être moins idyllique ...
Adrien Meguerditchian, primatologue au laboratoire de psychologie cognitive du CNRS et de l'université Aix-Marseille a qui la vidéo a été montrée explique au contraire qu'un singe ne peut pas réellement vouloir sauver un de ses congénères et encore moins lui prodiguer les premiers gestes de secours.
Pour lui le "sauveteur" est en réalité dans une situation de dominant. "Face au manque de réaction du singe, le dominant s'énerve et veut qu'il réagisse."
"Après avoir l'avoir bousculé dans tous les sens, il le laisse tomber par inadvertance, mais le singe n'a jamais eu conscience que l'eau pourrait réveiller son congénère" souligne le primatologue. Il rajoute : "Si le singe ne s'était pas réveillé, le dominant se serait lassé et se serait détourné.
Le mystère reste entier ...

mardi 23 décembre 2014

Non-lieu pour Claire Checcaglini auteur de Bienvenue au Front

Claire Checcaglini à Paris, le 23 février 2012.

Nous saluons ici la décision du tribunal de Nanterre qui n'a pas retenu les accusations d'escroquerie portées par le Front National. Claire Checcaglini avait par ailleurs été relaxée des accusations de diffamation en juin dernier.
La juge d'instruction a défendu la journaliste en déclarant que "Contribuer au débat public en s'intéressant aux idées des militants, à l'idéologie et à la stratégie d'un parti politique relève du droit à l'information et à la liberté d'expression".
L'avocate de la journaliste saluant une "très belle décision" a noté "toutes les contradictions au FN". "Ce parti veut apparaître démocratique, mais il veut absolument contrôler l'image que pourrait donner l'opinion de ses adhérents. Et il refuse toute transparence".

Pour notre part nous sommes heureux de cette décision. 
Encore merci à Claire Checcaglini pour son honnêteté et son courage.

jeudi 18 décembre 2014

A lire : Contre Zemmour, Réponse au Suicide français



 « La France se couche, la France se meurt », écrit Éric Zemmour dans Le Suicide français, propulsé au rang de best-seller. 
Parce qu'ils portent toutes les valeurs qu'il combat, les écologistes représentent le mal absolu pour Éric Zemmour, ce qui leur procure l'avantage d'être les mieux outillés pour lui répondre. 
Dans ce livre, Noël Mamère et Patrick Farbiaz décodent le langage et les écrits de ce porte-étendard de la réaction et de ses inspirateurs. 
Ici, ils proposent un autre récit collectif de la France, fondé sur l'acceptation de l'autre et l'émancipation humaine plutôt que sur la peur. 




Extrait



Noël Mamère est député de Gironde et maire de Bègles, membre de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale.

Patrick Farbiaz est attaché parlementaire, militant écologiste et altermondialiste, créateur de la Semaine anticoloniale et antiraciste.

Paru le 27 novembre 2014 aux éditions Les Petits Matins
88 pages  
7,50 €uros 


mercredi 17 décembre 2014

Conseil Municipal du 18 décembre - ordre du jour

Demain 19h30 a lieu le prochain Conseil Municipal  


Lieu : Salle du Conseil Municipal

  

Ordre du jour

1 - Appel Nominal

2 - Désignation du Secrétaire de séance


3 - Approbation du compte-rendu de séance du 20 novembre 2014


4 - SEMPRO - ZAC Cité Jardins - Approbation du résultat


5 - Budget Ville - exercice 2014 - Décision modificative - Approbation


6 - Budget Ville - Exercice 2014 - Modification du tableau des subventions - Approbation


7 - Budget Ville - Exercice 2014 - Provision pour créances douteuses - Approbation


8 - Budget Ville - Exercice 2015 - Avances à différentes associations et établissements publics locaux - Autorisation


9 - Budget Ville - Exercice 2015 - Engagement des dépenses avant le vote du budget primitif - Autorisation


10 - Budget Ville - Exercice 2014 - Admission en non-valeur de cotes irrécouvrables - Approbation


11 - Budget Ville - Exercice 2014 - Admission en non-valeur suite à décision de justice - Approbation


12 - Finances communales - Prime d'assurance versée pour garantie "dommages ouvrage" pour la construction du Pôle culture| - Étalement comptable de la charge - Approbation


13 - SPL Sud-Quest 92 - Rémunération du Président et Vice-président, frais de représentation - Approbation


14 - Service Public - Parking souterrain du cœur de Ville - Rapport d’activité du délégataire OMNIPARC Exercice 2013


15 - Service Public - Parking souterrain de la Halle - Rapport d'activité du délégataire SEREP - Exercice 2013


16 - Service Public - Marché Communal - Rapport d'activité du délégataire MANDON - Exercice 2013


17 - Service Public - Syndicat Intercommunal de la Périphérie de Paris pour les Énergies et les Réseaux de Communication - Rapport d'activité - Exercice 2013


18 - Service Public - Syndicat Intercommunal Funéraire de la Région Parisienne - Rapport d'activité - Exercice 2013


19 - Service
Public - Petite enfance - Crèches Privées - Rapport d’activité du groupe Babilou "crèche Les Étoiles de Mer" - Exercice 2013

20 - Service
Public - Petite enfance - Crèches Privées - Rapport d’activité du groupe Babilou "crèche Les Petits Mariniers" - Exercice 2013

21 - Service Public - Restauration scolaire et municipale - Rapport d'activité du délégataire ELIOR - Exercice 2012-2013


22 - Service Public - SIGEIF - Rapport d'activité - Exercice 2013


23 - Intercommunalité - Rapport d'activité de la Communauté d'Agglomération des Hauts-de-Bièvre - Exercice 2013


24 - Urbanisme - Révision du PLU - Débat sur le projet d'aménagement et de développement durable


25 - Marchés publics - Pôle culturel - Convention de maîtrise d'ouvrage avec la Communauté d'Agglomération des Hauts-de-Bièvre - Avenant n°3 - Autorisation de signer


26 - Marchés publics - Pôle culturel - Appel public à la concurrence - Lancement d'un marché à procédure adaptée concernant la fourniture d'un groupe électrogène - Autorisation


27 - Marchés publics - Pôle culturel - Appel public à la concurrence - Lancement d'un marché à procédure adaptée concernant les travaux d'équipement en moyens de communication et de traduction - Autorisation


28 - Marchés publics - Marché d'entretien et création d'espaces verts - Avenant n°1 - Autorisation de signer


29 - Santé Publique - Centre Municipal de Sante - Mise en place de la Classification Commune des Actes Médicaux (CCAM) dentaire pour les actes pris en charge par la Caisse d'Assurance Maladie et les actes non pris en charge sur devis - Approbation


30 - Finances communales - Attribution de l’indemnité de Conseil versée au Receveur Municipal au titre de l'année 2014 - Approbation


31 - Direction des affaires juridiques et de l'administration générale - Remboursement des missions et frais de représentation - Approbation


 32 - Urbanisme - Foncier - Révision du décret portant création de l’Établissement Public Foncier d'Ile-de- France - Avis à donner


33 - Ressources Humaines - Indemnités de fonction des Élus - Majoration chef-lieu de Canton - Approbation


34 - Questions diverses


35 - Décisions

mardi 16 décembre 2014

L'immigration a engendré un capital dont la valeur est inestimable

Le Musée de l'histoire de l'immigration à Paris a été inauguré par François Hollande lundi 15 décembre après-midi. Le musée est ouvert depuis 2007.




L’historien Benjamin Stora, patron de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration depuis l’automne 2013, explique pourquoi il faut rendre hommage à la diversité des peuplements en France.


La Croix : Était-il important d’inaugurer le Musée de l’histoire de l’immigration, alors que ce lieu existe déjà depuis sept ans ?
Benjamin Stora : Cela a un sens profond de le faire, car il faut nommer les choses pour qu’elles prennent chair. Ce lieu, pour s’inscrire véritablement dans le paysage national, devait passer par cette reconnaissance de l’État.
Ce geste n’est pas seulement symbolique. Il est éminemment politique, puisqu’il affirme officiellement l’existence d’une histoire de France liée aux différentes migrations. J’espère en outre que cette visite présidentielle sera l’occasion de rehausser le budget de cette institution qui, sans moyens significatifs, ne pourra pas sortir de la relégation qu’elle connaît aujourd’hui.
En quoi l’immigration a-t-elle contribué à la construction de notre pays ?
B. S. : Cette question est toujours posée à chaud, au moment où l’on s’approche des échéances électorales. Le rôle de l’historien est de replacer les choses dans la durée. L’immigration est un processus ancien, qui s’est accéléré au XXe  siècle, avec la révolution industrielle et deux guerres mondiales. Après 39-45, les migrants ont participé à l’effort de reconstruction, puis à l’essor des Trente Glorieuses.
Sur le plan démographique, l’apport de l’immigration a été – et reste – essentiel, en réponse au vieillissement de la population européenne. La natalité française, avec deux enfants par femme, est certes plus forte qu’en Allemagne, mais elle n’est pas suffisante pour que l’on puisse se passer de la main-d’œuvre étrangère.

Enfin, sans l’immigration, la France n’aurait pas le rayonnement technologique, esthétique, culturel qui est le sien aujourd’hui. Je parle d’artistes de premier plan, comme Chagall ou Modigliani. De sportifs exceptionnels comme Kopa, Platini ou Zidane. De grands couturiers comme Pacco Rabane ou Kenzo. Tout cela a engendré un capital dont la valeur est inestimable.
Avec tous ces apports, comment se fait-il que l’on doive sans cesse se battre contre des préjugés négatifs vis-à-vis des immigrés ?
B. S. : Avec quatre millions de chômeurs aujourd’hui, la France est un pays qui, face à la mondialisation et l’avènement de nouvelles grandes puissances économiques, a peur du déclin, de la dilution de son identité nationale… La tentation du repli sur soi est grande. Celui qui arrive avec sa culture n’est plus vécu comme une chance par une grande partie des Français.

Tout l’enjeu est d’inverser ce discours, qui à mon sens relève de la paresse intellectuelle. Je dis cela sans vouloir nier les difficultés d’intégration qui peuvent parfois se présenter. Car, en réalité, le processus migratoire actuellement en marche est inexorable. Rien ne sert de lui tourner le dos.


Il faut affronter ce défi.La France, patrie des droits de l’homme, n’a jamais été aussi forte qu’en portant sa voix au niveau universel. Je crois donc qu’il convient de montrer l’immigration, dans les institutions, les enseignements, la production cinématographique… Il ne s’agit pas d’en faire le vecteur central et unique de notre récit national, mais une partie intégrante de notre discours républicain.

Recueillie par JEAN-BAPTISTE FRANÇOIS

Article publié par La Croix le 15/12/14 à retrouver ici



vendredi 12 décembre 2014

Le Sénat vote la reconnaissance de l'état de Palestine

L'intervention de Gilbert Roger à la tribune du Sénat

Proposition de résolution invitant le gouvernement à reconnaître l’Etat de Palestine

Jeudi 11 décembre 2014

Monsieur le président, Monsieur le ministre, Mes chers collègues,

C’est avec une certaine émotion que je monte aujourd’hui à la tribune, en tant que premier signataire de cette proposition de résolution invitant le gouvernement français à reconnaître l’Etat de Palestine.
Le débat que nous nous apprêtons à engager et notre vote sur ce texte sont attendus, car la voix de la France, pays fondateur de l’Union européenne, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, et ami des peuples israélien et palestinien, compte sur la scène internationale. La France est forte quand elle représente un intérêt général plus important qu’elle-même. Elle l’a déjà prouvé en votant en 2011 en faveur de l’adhésion de la Palestine comme membre à part entière de l’UNESCO, puis en disant « oui » à l’accession de la Palestine au statut d’Etat non-membre de l’ONU en novembre 2012. De la Révolution française à de Gaulle et Mitterrand, chaque fois qu’elle a porté les aspirations de ceux qui peinent à peser sur le cours des choses, la France a toujours eu une influence supérieure à son poids réel. C’est ce qui fait de notre pays sa spécificité, et sa grandeur.
Il y a 20 ans, Yitzhak Rabin et Yasser Arafat recevaient le prix Nobel de la paix pour les accords d’Oslo qui, un an après leur signature, semblaient encore promettre une coexistence pacifique entre les deux Etats, l’un israélien et l’autre palestinien. Ce rêve, anéanti par les promesses non tenues de part et d’autre, ne verra jamais le jour si rien n’est fait pour amener les parties au conflit à s’entendre.
Aussi, les démarches politiques entreprises actuellement en Europe en vue de cette reconnaissance interviennent à un moment de blocage manifeste du processus de paix israélo-palestinien. Le cycle de négociations longues et intenses, dans lequel les Etats-Unis s’étaient fortement impliqués, s’est conclu au printemps par un échec, et a été suivi, au cœur de l’été, par le conflit meurtrier de Gaza, qui a fait 2160 morts, dont 83 % de civils, du côté palestinien. L’échec de la diplomatie a, une fois encore, repoussé les perspectives d’un règlement définitif de ce conflit, laissant place aux compromis militaires et autres conférences de reconstruction. Une fois encore, une fois de trop.
J’ai une pensée particulière pour le ministre palestinien décédé hier lors d’une manifestation pacifique.
Dans ce contexte, l’initiative parlementaire française a toute sa place. Ce combat pour la reconnaissance d’un Etat palestinien n’est pas nouveau, il est défendu par la France depuis la déclaration de François Mitterrand au Parlement israélien en 1982. Tous les présidents de la République qui lui ont succédé ont agi avec constance pour la paix dans cette région du monde, jusqu’à l’actuel chef de l’Etat, François Hollande, qui prend des initiatives diplomatiques fortes pour la tenue d’une conférence internationale.
Bien que vieux de plus de 30 ans, ce combat prend une dimension nouvelle avec la reconnaissance unilatérale de la Palestine par la Suède. Fin octobre, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, s’exprimait sur le sujet en affirmant, dans un entretien accordé à 5 quotidiens européens, qu’elle était favorable à une reconnaissance de l’Etat palestinien, et qu’elle « serait heureuse si au terme de (s)on mandat l’Etat de Palestine existait ». L’Europe a un rôle diplomatique à jouer dans la région, elle est le premier contributeur d’aide des territoires palestiniens. La France doit reprendre l’initiative diplomatique et entraîner ses partenaires du Quartet – dont l’Union européenne – dans une nouvelle dynamique.
Jusqu’à présent, l’idée qui prévalait était que la reconnaissance de l’Etat de Palestine devait être liée à la négociation bilatérale, après accord notamment sur les frontières et le statut de Jérusalem. Cet argument perd aujourd’hui de sa force. Depuis l’échec, en avril, de la dernière médiation américaine, aucune négociation n’est en cours, aucun préparatif de pourparlers ne se dessine. Monsieur le ministre, vous l’avez rappelé lors de la dernière conférence des ambassadeurs, en août dernier : « A partir du moment où la négociation serait impossible ou n’aurait pas de conclusion, il faudrait évidemment que la France prenne ses responsabilités ». Vous avez raison : il est temps que la France prenne ses responsabilités, et reconnaisse l’Etat de Palestine, car chaque jour qui passe sans un règlement de paix durable entre Israël et la Palestine écarte un peu plus la possibilité même de l’existence d’un Etat de Palestine viable, tant la colonisation à marche forcée des territoires occupés ampute le territoire du présumé futur Etat. Depuis la rentrée, 400 hectares de terre cisjordanienne ont été annexés, la construction de 1000 nouveaux logements à Har Homa et Ramt Shlomo ont été annoncés, et plusieurs maisons palestiniennes de Silwan ont été confisquées.
Aussi je crois, au contraire, qu’il est nécessaire d’inverser la procédure qui n’a pas fonctionné depuis les accords d’Oslo, à savoir la négociation d’un accord intérimaire, suivi cinq ans plus tard d’une négociation bilatérale sur les grandes questions du statut final. Cette démarche, qui exclue de fait l’ONU, a fait la preuve de son échec. Aussi faut-il reconnaître dès à présent l’Etat palestinien.
En effet, cette reconnaissance d’un Etat de Palestine, aux côtés de l’Etat d’Israël, vivant côte à côte en paix et en sécurité, serait le premier pas vers une relation d’égal à égal. Ne pas reconnaître la Palestine comme Etat, c’est accepter que la situation actuelle perdure et que les peuples palestinien et israélien continuent à vivre dans un climat de violence et d’insécurité. Cette reconnaissance est la condition sine qua non à l’ouverture de véritables négociations entre Israël et la Palestine, afin d’aboutir à une paix durable.
Reconnaître la Palestine comme Etat, c’est se conformer au droit international, et lorsqu’on est législateur, on se doit d’être du côté du droit. Au nom du droit inaliénable à l’autodétermination, le peuple palestinien est fondé à se doter d’un Etat, qui doit être créé selon les normes approuvées par la communauté internationale qui avaient présidé à la création de l’Etat d’Israël. Cette reconnaissance sécurisera par ailleurs l’existence de l’Etat de Palestine, qui est aujourd’hui très gravement menacée par la poursuite de la colonisation israélienne.
J’ai entendu les arguments des opposants à cette reconnaissance de l’Etat de Palestine.
Israël, par la voix de son ambassadeur Yossi Gal, a exprimé ses craintes sur cette démarche, qu’il juge illusoire. Pour lui, seuls les pourparlers entre les deux parties permettront d’arriver à un règlement, et toute reconnaissance unilatérale serait vécue par Israël comme une stratégie d’évitement des négociations de la part des Palestiniens.
Or, depuis l’assassinat d’Itzhak Rabin en novembre 1995, aucun processus de paix sérieux n’a été engagé. Le cycle de la violence s’est exacerbé. La colonisation israélienne, notamment autour de Jérusalem, s’est intensifiée, au point de compromettre l’existence même d’un Etat palestinien viable. La signature, le 26 août 2014, d’un énième cessez-le feu entre Israéliens et Palestiniens n’a pas empêché une dangereuse recrudescence des violences. Aussi l’argument, par ailleurs tout à fait justifié, selon lequel la reconnaissance internationale d’un Etat palestinien devrait suivre l’obtention d’un accord avec Israël, perd beaucoup de son poids dans l’impasse actuelle.
Quant à l’idée d’une stratégie d’évitement des négociations de la part des Palestiniens, je crois qu’il faut rappeler le droit international : invoquer le droit à l’autodétermination n’est pas opposé aux négociations. La Palestine ne peut continuer à être l’exception des normes internationales. Pour autant, les dirigeants palestiniens ne doivent pas se soustraire aux choix difficiles que les deux parties ont à faire, et les négociations seront nécessaires pour régir les relations entre Israël et la Palestine. Elles devront aborder tous les sujets du statut final, en particulier les questions des réfugiés, de Jérusalem, des colonies et des frontières.
Certains pensent que cela ne sert à rien de reconnaître un Etat palestinien, qu’il ne s’agit que d’un acte symbolique. Je ne suis pas de ceux-là ; je pense au contraire que cela a un sens, que c’est le seul choix qui permettra d’aboutir à la paix et de garantir aux Israéliens comme aux Palestiniens leur liberté et leur sécurité. Les parlementaires que nous sommes ne souhaitent pas adopter une décision symbolique, ils souhaitent agir pour la paix. Le fait que la France, membre du conseil de sécurité de l’ONU, pays où vit la plus importante communauté juive d’Europe, puisse reconnaître l’Etat de Palestine, ce n’est pas qu’un symbole, c’est un acte politique.
Quant à ceux qui s’inquiètent de cette initiative qu’ils jugent « prématurée », je souhaite leur répondre que cela fait 47 ans que les territoires palestiniens sont occupés ; 32 ans que le président François Mitterrand est intervenu à la Knesset sur le sujet ; 20 ans que le processus d’Oslo est au point mort ; 15 ans que le Conseil de l’Union Européenne à Berlin a dit « le moment est venu »… Aussi je ne pense pas que cette reconnaissance soit prématurée, je pense au contraire qu’il est temps d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Cette reconnaissance est un premier pas dans le règlement définitif du conflit israélo-palestinien.
L’argument du caractère unilatéral de la reconnaissance de l’Etat de Palestine a beaucoup été utilisé par ses détracteurs. Je pense que cette idée est erronée. La reconnaissance de l’Etat de Palestine ne constitue pas une réponse aux seuls problèmes du peuple palestinien. Elle est une réponse et un soutien apportés aux démocrates des deux camps.
Enfin, à ceux qui estiment que ce n’est pas le rôle des parlementaires de voter ce type de texte, je souhaite leur rappeler que la représentation nationale est souveraine.
La France, qui est un pays de tolérance, combat les discours de haine, et récuse toute instrumentalisation de ce conflit sur son territoire national. Notre pays doit rappeler que le conflit israélo-palestinien n’est pas une guerre de religion, mais un conflit territorial. Comme républicain et comme citoyen, je souhaite réaffirmer qu’il n’y a pas d’importation possible de ce conflit sur notre sol, et que la France condamne sans concession le racisme et l’antisémitisme, ainsi que le terrorisme sous toutes ses formes.
Je souhaite réaffirmer que le vote d’une proposition de résolution par le Sénat invitant le gouvernement français à reconnaître l’Etat de Palestine est une démarche entreprise en cohérence avec les décisions précédentes de la France. C’est le rôle de notre pays, dans la dynamique qui se crée en Europe, de voter cette reconnaissance.
Ce vote serait un message adressé aux démocrates, qu’ils soient palestiniens ou israéliens, pour les encourager dans leur combat pour la paix, et leur signifier qu’il a des chances d’aboutir ; ce serait également un message de la France au reste du monde, pour apporter son soutien au camp de la paix.
Par ce vote, la Chambre haute adresserait un message fort d’engagement en faveur du droit international et de la diplomatie, comme seul moyen d’avancer. La reconnaissance de l’Etat de Palestine est la première étape pour reconnaître deux Etats et non un seul, afin de sauver la solution à deux Etats.
Vous avez opportunément proposé, Monsieur le ministre, un changement de méthode avec la perspective d’une conférence internationale. Nous soutenons cette démarche qui devrait s’accompagner de la définition d’une date butoir des négociations et associer les Etats arabes de la région. La reconnaissance doit s’inscrire dans cette perspective, comme l’élément d’une nouvelle dynamique qu’il est urgent de mettre en place.
Nous savons, comme parlementaires, qu’il appartiendra au gouvernement de décider, in fine, du moment approprié pour que l’Etat français reconnaisse l’Etat de Palestine. Je pense pour ma part que le moment est venu. Je veux le dire ici : « Un autre monde est possible ».
Pour conclure mon intervention, je veux rappeler la méthode qui a prévalu à la rédaction de la proposition de résolution dont je suis le premier signataire.
J’ai souhaité qu’elle soit rédigée en concertation avec nos collègues députés, afin que le Parlement français tienne un discours cohérent dans ses deux chambres. J’ai également voulu engager des consultations avec mes deux collègues Eliane Assassi, présidente du groupe CRC, et Esther Benbassa, membre du groupe EELV, afin que nous parvenions à une rédaction commune à la gauche sénatoriale. Je souhaite les remercier chaleureusement pour le travail que nous avons accompli, et qui a abouti à un texte cosigné par nos trois groupes politiques.
Je souhaite par ailleurs remercier tout particulièrement Jean-Pierre Raffarin, président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, qui a organisé mercredi 3 décembre des auditions des ambassadeurs de Palestine et d’Israël, ainsi que du ministre Laurent Fabius, afin de préparer le débat qui nous occupe aujourd’hui. Ces auditions, élargies à l’ensemble des sénateurs et ouvertes à la presse, ont donné lieu à des échanges de grande qualité, et ont permis de donner de l’ampleur à notre débat, au-delà des clivages partisans.
Je souhaite également remercier le président du Sénat, Gérard Larcher, que j’ai tenu informé de mon initiative parlementaire depuis le début.
Je veux enfin vous informer que notre ministre des affaires étrangères et du développement international, Laurent Fabius, a été longuement consulté, afin que cette proposition de résolution vienne en appui à la politique diplomatique de notre gouvernement. Je le remercie pour sa disponibilité et son écoute.
Ce long processus de concertation et de négociation avec l’ensemble des groupes politiques a abouti à une rédaction légèrement modifiée, plus consensuelle que celle de la proposition de résolution que j’avais initialement déposée au Sénat, et qui est celle qui a été adoptée par l’Assemblée nationale. En effet, j’ai souhaité écouter les expressions de toutes les sensibilités politiques sénatoriales, afin de parvenir à un texte de compromis, qui puisse être adopté majoritairement par notre chambre. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté, en accord avec les groupes socialiste, EELV et CRC, des amendements du président Raffarin, dans le respect de la diversité politique de notre assemblée. Aussi je remercie dès à présent tous les sénateurs qui, à l’heure du vote, ne feront pas obstacle à l’adoption de ce texte.
Notre chambre doit marquer sa volonté de sortir de l’impasse sur la question palestinienne en adoptant cette proposition de résolution, sur la base d’un consensus national, au-delà des clivages partisans. Je vous invite à le faire largement, afin que le message adressé au gouvernement, et au reste du monde, soit clairement entendu.
Je vous remercie.


[Entretien] Proposition de résolution sur la... par Senat

mardi 9 décembre 2014

Rapport OCDE 2014 : Les inégalités et la pauvreté pèsent sur la croissance économique

Selon l'OCDE, la hausse des inégalités des vingt dernières années a un impact sur la richesse (-8,5% de PIB) dans les pays développés. L'organisation met l'accent sur l'impact négatif sur l'éducation.


Le constat est alarmant. Les inégalités ne cessent de se creuser et pèsent sur la croissance. «Jamais en trente ans, le fossé entre riches et pauvres n'a été aussi prononcé dans la plupart des pays de l'OCDE», constate l'organisation internationale dans une nouvelle étude publiée ce mardi. 
Aujourd'hui, dans le club des pays développés, le revenu des 10% les plus fortunés est 9,5 fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres, contre un rapport de 7 à 1 dans les années 1980.
Autre indicateur, le coefficient de Gini qui mesure les inégalités - dont le taux varie de 0 pour une égalité absolue à 1 lorsque le revenu est concentré par une seule personne - est passé de 0,29 à 0,32 en 2011-2012. Il a grimpé dans 16 pays de l'OCDE, jusqu'à 5 points aux États-Unis, en Israël, en Nouvelle-Zélande et, phénomène plus surprenant, dans la Suède et la Finlande, pays nordiques réputés plus égalitaires grâce à leurs systèmes sociaux.

Les effets négatifs de la pauvreté sur la croissance 

Plus inédit, l'OCDE s'attache à montrer les effets négatifs de la pauvreté sur la croissance. «Une aggravation des inégalités de 3 points de Gini - soit la moyenne des pays de l'OCDE sur les vingt dernières années - ferait perdre 0,35 point de croissance sur vingt-cinq ans, soit une perte cumulée de PIB de 8,5%  à terme, chiffre le rapport. Dans le détail, cela a coûté plus de 10 points de croissance au Mexique entre 1990 et 2010 et à la Nouvelle-Zélande, près de 9 points au Royaume-Uni, à la Finlande et à la Norvège, de 6 à 7 points aux États-Unis, à l'Italie et à la Suède. En revanche, en France, en Espagne et en Irlande, la situation plus égalitaire d'avant crise a permis une hausse du PIB par habitant.


Le niveau d'éducation baisse chez les plus démunis


L'impact négatif ne vient pas uniquement des 10% les plus pauvres mais plus largement des 40% de foyers modestes. Il se traduit par une baisse de pouvoir d'achat et de consommation. Dans cette étude, l'OCDE met surtout l'accent sur les conséquences en matière d'éducation. «Dans les pays les plus inégalitaires, insiste Stefano Scarpetta, le directeur de la division emploi, les ménages les plus démunis sous investissent dans le capital humain de leurs enfants.» Les études de l'OCDE sur le niveau d'instruction, notamment l'étude PIAAC sur les compétences des adultes, montrent que le niveau baisse à mesure que les inégalités se creusent. Cela limite la mobilité sociale et le développement des compétences.
Autre explication, même si l'OCDE n'analyse pas le comportement des plus riches, la perte de croissance vient aussi de leur plus faible propension à consommer. Les classes fortunées ont tendance à épargner, à placer leur argent en capital ou dans la pierre.
Le message pour les autorités publiques est double: il faut cibler les efforts de redistribution, via les impôts et les transferts sociaux, sur les familles avec des enfants et encourager le développement des compétences et la formation tout au long de la vie. «L'accès pour les classes défavorisées à une formation de qualité est capital», note Stefano Scarpetta.

Rapport, graphiques à retrouver sur le site de l'OCDE (ici)